ukavu : derrière les incendies meurtriers, une ville rendue vulnérable par le climat et l'urbanisation

À Bukavu, la multiplication des incendies meurtriers n’est plus un simple fait divers. Entre saison sèche plus longue, urbanisation anarchique et dépendance au charbon de bois, un entrepreneur local alerte sur une vulnérabilité qui s’aggrave.
Par Alvin BUZAKI, Média-vert – Bukavu
Ils étaient 27, Dont 21 enfants, écoliers, morts dans des incendies d’habitations à Bukavu ces dernières semaines. Dans une ville où les maisons s’accrochent les unes aux autres sur les collines, un départ de feu peut désormais raser un quartier entier en quelques minutes.
Une tragédie qui, pour les observateurs locaux, n’est pas seulement accidentelle. Elle révèle une vulnérabilité croissante de la capitale du Sud-Kivu, à l’intersection du changement climatique et d’une urbanisation non maîtrisée.
Traditionnellement rythmée par deux saisons, la saison des pluies et la saison sèche, Bukavu verrait émerger ce que certains habitants appellent déjà une « troisième saison » : la saison du feu.
« Nous faisons face à la naissance d’une troisième saison à Bukavu. C’est la saison du feu », lance Murhula Zigabe Guido, fondateur de Briquettes du Kivu, entreprise locale de l’économie circulaire, rencontré par Média-Vert le 16 septembre 2026.
Pour lui, le glissement est sémantique et physique.
« Quand des maisons brûlent à Bukavu, on a tendance à faire allusion à un feu de brousse mais malheureusement ce n’est plus un feu de brousse, c’est un feu de maison. C’est une forêt de maisons qui prend feu. »
Une saison sèche plus longue et plus asséchante
Au cœur de son analyse, une évolution climatique perceptible localement. La saison sèche commencerait plus tôt, finirait plus tard, avec des pics de chaleur plus intenses.
« Cette saison sèche est accompagnée d’une très forte chaleur […] qui arrive à assécher tout ce qui est végétation urbaine, mais aussi les sols », explique-t-il.
Autrefois ponctuée de pluies, « même des interférences de pluie », cette saison maintenait une certaine humidité. Aujourd’hui, l’assèchement de la végétation urbaine et des sols augmenterait la combustibilité dans une ville où déchets, matériaux et habitations sont imbriqués.
Des observations qui font écho aux données régionales sur l’allongement de la saison sèche dans l’Est de la RDC, même si aucun bilan climatique officiel spécifique à Bukavu n’a encore quantifié ce phénomène.
Mais le climat n’explique pas tout
Le fondateur de Briquettes du Kivu est le premier à nuancer : « Les changements climatiques n’arrivent pas à tout expliquer. »
Pour lui, la vulnérabilité de Bukavu est avant tout structurelle. Il pointe l’affaiblissement des investissements publics dans l’habitat, l’absence de respect des normes de construction, et un déséquilibre urbain – rural. « La campagne est abandonnée par l’État », affirme-t-il.
Conséquence : un exode rural soutenu vers Bukavu. Une « migration non contrôlée » qui alimente une urbanisation dense, informelle, avec des maisons qui « ne répondent à aucune norme ». Dans les quartiers populaires de Kadutu ou Bagira, l’intervalle entre deux maisons dépasse rarement un mètre.
Le charbon de bois, facteur de risque et de déforestation
Dans cette densité, la question de l’énergie domestique devient centrale. La majorité des ménages de Bukavu cuisinent encore au charbon de bois, produit à partir des forêts de Kalehe, Idjwi ou du Parc National de Kahuzi – Biega. Une filière qui exerce une pression directe sur les forêts et implique le stockage d’un combustible et d’une flamme à l’intérieur d’habitations en bois.
Face à cela, son entreprise propose des briquettes fabriquées à partir de déchets organiques. Un combustible qu’il présente comme à double bénéfice : réduire la demande en charbon de bois forestier et offrir une combustion plus contrôlable.
« Il y a une flamme modérée, une flamme qu’on contrôle, […] une flamme maîtrisable », défend-il.
Une alternative parmi d’autres. Car comme il le rappelle, la prévention des incendies ne dépend pas du seul combustible. Elle dépend des foyers améliorés, des conditions de stockage, des comportements, de l’existence de coupe – feux et de services de secours équipés, aujourd’hui quasi inexistants à Bukavu.
À Bukavu, l’incendie n’est plus seulement un fait divers. Il est devenu un indicateur d’une crise urbaine, climatique et énergétique combinée.



